Un locataire reçoit un congé pour vente de son propriétaire, le logement se situe à Lyon. Il dispose d’un mois de préavis au lieu de trois, mais surtout, il bénéficie d’un droit de préemption que beaucoup de bailleurs sous-estiment. L’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 encadre précisément ces situations, et ses effets en zone tendue changent concrètement la donne pour les deux parties.
Congé pour vente en zone tendue : le droit de préemption du locataire
On parle souvent du préavis réduit quand on évoque l’article 15 en zone tendue. Le volet le moins traité, c’est le mécanisme de préemption qui protège le locataire lorsque le bailleur donne congé pour vendre le logement.
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Concrètement, le locataire est prioritaire pour acheter le bien qu’il occupe. Le congé pour vente vaut offre de vente : le propriétaire doit indiquer le prix et les conditions dans la lettre de congé. Le locataire dispose alors des deux premiers mois du préavis pour accepter ou refuser.
En zone tendue, cette mécanique prend une dimension particulière. Le délai de préavis étant réduit à un mois pour le locataire qui donne congé, certains confondent les deux situations. Quand c’est le bailleur qui donne congé pour vente, le préavis reste fixé à six mois avant l’échéance du bail. Le droit de préemption du locataire s’exerce pendant cette période, quel que soit le classement de la commune.
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Si le propriétaire vend ensuite à un prix inférieur ou à des conditions plus avantageuses que celles proposées au locataire, il doit renouveler l’offre. Ce point génère un contentieux régulier, parce que des bailleurs négocient avec un tiers sans notifier à nouveau le locataire.

Préavis d’un mois du locataire : ce que l’article 15 exige vraiment
L’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 fixe un préavis de trois mois comme principe. En zone tendue, le préavis est réduit à un mois pour le locataire qui donne congé. Ce dispositif a été étendu par la loi ALUR de 2014, puis par la loi Macron de 2015 qui l’a rendu applicable à tous les baux en cours, y compris ceux signés avant mars 2014.
Pour en bénéficier, le locataire doit mentionner dans sa lettre de congé que le logement se situe en zone tendue. Un arrêt de la Cour de cassation du 11 janvier 2024 a précisé ce point : mentionner l’adresse du bien et revendiquer le préavis réduit suffit à justifier le motif. Le locataire n’a pas besoin de joindre un justificatif supplémentaire ni de citer le numéro du décret.
Les communes concernées par le décret
Les zones tendues sont définies comme des zones d’urbanisation continue de plus de 50 000 habitants où existe un déséquilibre marqué entre l’offre et la demande de logements. L’article 17 de la loi de 1989 renvoie à un décret pour fixer la liste des communes. Le décret du 10 juin 2015, modifié en dernier lieu par un décret du 25 août 2023, recense 1 434 communes.
Un point sur lequel les retours varient : certains locataires pensent que la liste est figée depuis 2015. Elle a été actualisée, et des communes ont été ajoutées. On vérifie sur le site du service public ou via le décret en vigueur si l’adresse du logement est bien concernée.
Forme du congé et délai : les erreurs qui annulent la procédure
Que le congé vienne du bailleur ou du locataire, l’article 15 impose des règles de forme strictes. En zone tendue, ces règles ne changent pas, mais les délais raccourcis augmentent le risque d’erreur.
- Le congé du bailleur doit être notifié par lettre recommandée avec accusé de réception, acte d’huissier, ou remise en main propre contre récépissé ou émargement, au moins six mois avant l’échéance du bail.
- Le congé du locataire suit les mêmes formes, avec un délai d’un mois en zone tendue. Le délai court à compter de la réception de la lettre, pas de son envoi.
- Le congé pour vente du bailleur doit reproduire les cinq premiers alinéas de l’article 15 II, sous peine de nullité. Omettre cette mention rend le congé inopposable au locataire.
- Le motif du congé doit être réel et sérieux. Un congé pour reprise suivi d’une mise en location courte durée peut être requalifié en congé frauduleux.
On observe des cas où le bailleur envoie le congé par mail ou par courrier simple. Ces formes ne sont pas valides. Le locataire peut rester dans les lieux sans que le bail prenne fin.
Résidence principale et contournements : le critère central de la loi de 1989
L’article 15 s’applique aux logements loués à titre de résidence principale. Ce critère, souvent négligé, conditionne l’ensemble du dispositif. Un logement occupé au moins huit mois par an relève du régime de la loi de 1989.
La tentation de requalifier un bail pour échapper aux contraintes de l’article 15 existe. Certains bailleurs orientent vers un bail mobilité ou déclarent le bien en location saisonnière alors que le locataire y vit à l’année. Une question écrite au Sénat en 2026 a d’ailleurs signalé que des logements sont exclus du régime de la loi de 1989 par un usage déclaré qui ne correspond pas à la réalité de l’occupation.
Le cas du bail mobilité
Le bail mobilité, limité à dix mois et non renouvelable, échappe à la loi de 1989. Il ne prévoit ni droit de préemption ni préavis classique. Pour un locataire installé durablement dans un logement en zone tendue, accepter un bail mobilité revient à renoncer aux protections de l’article 15. Si l’occupation dépasse le cadre légal du bail mobilité, le locataire peut demander la requalification en bail classique devant le tribunal.

L’article 15 de la loi du 6 juillet 1989 ne se résume pas au préavis réduit. En zone tendue, le droit de préemption lors d’un congé pour vente, les exigences de forme du congé et la qualification du bail comme résidence principale forment un ensemble de protections que le locataire a intérêt à connaître avant de signer ou de recevoir un courrier recommandé.

